Lenteur administrative : Le prix fort
J’ai survécu à la maladie… pour devenir victime de la lenteur
administrative.................
Je n’aurais jamais imaginé que le combat le plus difficile de ma vie ne
serait pas contre la maladie, mais contre l’administration.
Il y a trois ans, j’ai été frappé par une grave maladie qui m’a cloué au
lit et m’a empêché d’exercer mon travail. Après examen de mon dossier médical,
la commission médicale m’a accordé un congé de maladie de moyenne durée, un
droit prévu par la loi afin de protéger les fonctionnaires confrontés à de
telles épreuves.
Malgré la souffrance causée par la maladie, une autre inquiétude ne me
quittait ni le jour ni la nuit. Je savais qu’à cette époque, la loi
garantissait au fonctionnaire le maintien de l’intégralité de son salaire
pendant deux ans seulement, avant de le réduire de moitié au cours de la
troisième année. Déjà lourdement endetté, alors que mon salaire intégral
suffisait à peine à couvrir les frais de traitement et les besoins essentiels
de ma famille, je me demandais chaque jour : comment allais-je vivre avec un
demi-salaire ?
Au milieu de cette angoisse, une nouvelle est venue raviver mon espoir.
Le gouvernement a annoncé une modification de la législation relative aux
congés de maladie de moyenne et de longue durée, garantissant désormais le
maintien de la totalité du salaire pendant toute la durée du congé de maladie.
Cette décision représentait une véritable reconnaissance pour tous les malades
contraints de lutter simultanément contre la maladie et l’incertitude de
l’avenir.
Mon congé de maladie a pris fin au mois d’avril dernier. J’ai repris mon
travail avec sérieux et dans le respect de toutes les procédures, après avoir
présenté un certificat d’hospitalisation. J’ai ensuite été convoqué devant une
nouvelle commission médicale, qui a officiellement confirmé ma reprise de
service.
Je pensais alors que cette douloureuse épreuve appartenait enfin au
passé.
Mais la suite allait être encore plus pénible que la maladie elle-même.
À la fin du mois de juin, comme des millions de fonctionnaires,
j’attendais le versement de mon salaire sur mon compte bancaire.
Le 30 est passé…
Puis le 1er du mois…
Puis le 2…
Et toujours aucun salaire.
L’inquiétude a rapidement laissé place à l’angoisse. J’ai des
engagements financiers, des dettes, des échéances à honorer, une famille qui
dépend de ce revenu pour vivre. Que s’était-il passé ?
Une nouvelle épreuve commençait. Cette fois, ce n’était plus un parcours
entre les hôpitaux, mais entre les bureaux et les administrations.
J’ai multiplié les démarches auprès des différents services à la
recherche d’une explication. Après bien des allers-retours, la fonctionnaire
chargée du suivi de mon dossier m’a finalement informé que le système
informatique du ministère des Finances avait suspendu le versement de mon
salaire, au motif que les services compétents n’avaient pas encore reçu le
document attestant officiellement ma reprise de fonction.
La raison ?
Une lenteur administrative dans la transmission des documents entre les
différentes administrations.
À cet instant, une seule question résumait toute mon incompréhension :
En quoi suis-je responsable ?
J’ai repris mon travail à la date prévue. J’ai fourni tous les documents
exigés. J’ai respecté toutes les procédures administratives. Pourquoi
devrais-je être sanctionné pour une défaillance administrative dont je ne porte
aucune responsabilité ?
La fonctionnaire a immédiatement contacté les services concernés afin
d’accélérer l’envoi du document. Mais les jours continuaient de s’écouler,
interminables, tandis que mes difficultés financières s’aggravaient.
Aujourd’hui, vingt-quatre jours après la date normale de versement de
mon salaire, j’attends toujours un droit qui m’est pourtant légitimement dû.
Cette affaire dépasse le simple retard d’un salaire. Elle soulève une
question fondamentale : celle de la justice administrative.
Est-il acceptable qu’un fonctionnaire devienne la victime d’un simple
retard dans la transmission d’un document entre deux administrations ?
Est-il concevable qu’une personne ayant survécu à une maladie qui a
failli lui coûter la vie se retrouve ensuite incapable de subvenir aux besoins
de sa famille à cause d’un dysfonctionnement administratif ?
L’administration est censée être au service du citoyen, non lui imposer
des souffrances supplémentaires. La numérisation des procédures avait pour
objectif d’accélérer le traitement des dossiers, non de priver les citoyens de
leurs droits. Lorsqu’un dysfonctionnement administratif prive un fonctionnaire
de son unique source de revenus, il ne s’agit plus d’une simple erreur
administrative, mais d'une atteinte directe à sa dignité et à sa sécurité
sociale.
Mon témoignage ne concerne pas uniquement mon cas personnel. Il est
celui de tous les fonctionnaires qui pourraient, un jour, devenir les victimes
d’une erreur administrative dont ils ne sont en rien responsables.
La maladie est une épreuve que Dieu nous impose. En revanche, la lenteur
administrative est une épreuve que l’on pourrait éviter.
Une question demeure donc sans réponse :
Qui indemnisera le fonctionnaire pour les jours d’angoisse, les dettes
qui s’accumulent et la dignité qui s’effrite, lorsque tout cela n’est dû qu’au
retard de transmission d’un simple document entre deux administrations ?
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